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Le 6 mai
Il est donc 15 heures (14 heures au Pérou), ce 6 mai, et nous venons de franchir à pied la frontière entre le Pérou et la Bolivie, à Kasani très précisément. Nous nous trouvons, pourrait-on dire, en plein milieu du lac Titicaca, à mi-chemin des deux rives principales, sur la langue de terre qui le sépare en deux.
La Bolivie, où nous projetons de passer deux semaines et demie, nous n'en verrons qu'une petite partie (mais sans doute la plus intéressante), celle de l'Altiplano qui en constitue le tiers sud-est, coincé entre la Cordillera Occidental qui sépare la Bolivie de la côte pacifique et la Cordillera Real au nord prolongée vers le sud-est par les cordillères orientale et centrale. Nous serons donc en permanence, pendant ces deux semaines et demie, entre 3 500 et 4 000 m, avec une pointe à plus de 5 000 m juste avant de passer au Chili.
Un combi nous emmène, pour 20 bolivianos, à Copacabana, distante de la frontière de 8 km, et nous nous installons à la Cúpula, établissement que nous recommandons chaudement; il est tenu par un allemand fort sympathique qui mène une action importante en faveur des déshérités de l'endroit.
Voici la vue qui s'offre à nous de l'hôtel, avec en contrebas la plage de Copacabana, la seule plage publique de la Bolivie...
... ce qui nous amène à évoquer un point d'histoire que nous ignorions et qui est, à l'heure actuelle encore, ressenti comme une blessure profonde par les boliviens.
Lors de l'indépendance du Haut Pérou (c'est comme cela que l'on appelait à l'époque ce qui allait devenir la Bolivie) en 1825, celui-ci avait une superficie qui était plus du double de la superficie actuelle (1 100 000 km² aujourd'hui pour 9,62 millions d'habitants) ; mais, profitant de l'instabilité chronique et de la faiblesse du pouvoir (192 gouvernements depuis cette date) les voisins de la Bolivie, se sont employés, de 1867 à 1935, à la rogner et à la dépecer, faisant main basse sur ses richesses naturelles (minerais, plus pétrole et hévéas en Amazonie). Ces voisins sont le Brésil, le Pérou, l'Argentine, le Paraguay et surtout le Chili qui, à l'issue de la guerre de 1879-1884 (guerre du Pacifique, ou du Salpêtre) - et poussé par l'Angleterre - s'est emparé du département du Litoral (région d'Antofagasta et désert de l'Atacama), de ses immenses richesses minières et a privé du coup la Bolivie de sa façade maritime (sur environ 400 km). Ce fut, et c'est encore, un drame national, la Bolivie continuant à revendiquer ces territoires perdus, ce qui explique ses relations aujourd'hui encore très tendues avec le Chili, nous aurons l'occasion d'en reparler.
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Le centre du Copacabana touristique, c'est en gros une rue (6 de Agosto), avec ses bars, ses restos, ses échoppes et sa bimbeloterie qui ne laissa pas indifférente Madame.... bref, une atmosphère reposante et très baba cool due à la présence de nombreux jeunes routards (pas mal d'Argentins) - genre hippie - qui apprécieraient tout particulièrement, dit-on, la fumette bolivienne.
Balade sur la plage au coucher du soleil, suivi d'un excellent diner à la Cúpula.
Le 7 mai
Il est 8h50, nous avons quitté Copacabana 5 mn plus tôt à bord d'un bateau qui nous emmène à l'île du Soleil (nous y resterons pour la nuit) et passons devant l'une des bases de l'Armada Boliviana (car il existe bien des Forces Navales boliviennes, fortes de 3 800 hommes environ).
L'île du Soleil vers laquelle nous nous dirigeons est en quelque sorte le prolongement d'un promontoire dont elle est séparée par le Estrecho (détroit) de Yampupata; nous nous en approchons avec au loin, dans la direction de l'ouest, la côte péruvienne. Discrète ponctuation végétale, au premier plan, dans un monde résolument minéral.
Vers la droite - ou l'est - maintenant, la Cordillera Real sur la rive bolivienne, et plus près de nous, deux extrémités du promontoire de Yampupata. Nous nous engageons dans le détroit.
Il est un peu plus de 11 heures maintenant. Nous avons débarqué à Cha'llapampa (que nous voyons en contrebas), au nord de l'île et il ne nous reste plus qu'à rejoindre Yumani, à l'extrémité sud, où nous passerons la nuit avant de regagner demain midi Copacabana. Encore un effort (nous sommes à peu près à mi-montée), et, dans un premier temps, direction le Cerro Tikani à la pointe nord de l'île. Notre balade (plus de 4 heures sous un soleil de plomb) se fera à une altitude moyenne de 4 000 m.
Tout est prévu, même le ravitaillement en eau, car il fait chaud!
C'est nous, sur un promontoire à proximité des ruines de Chincana. Regardez-moi bien, c'est une des rares fois où je porte des lunettes de soleil!
La corvée de bois n'empêche pas le beau sourire. Encore un endroit sur terre où le sexe dit faible est utilisé comme bête de somme! Mais où donc a-t-elle trouvé ce bois?
Il est 12h30 et nous sommes aux ruines de Chincana. La rive péruvienne au loin, et, au premier plan, un rite inca sur la Mesa Ceremonica (Table des sacrifices). Pause casse-croûte et c'est reparti...
Désolé, mais c'est plus fort que moi (je parle de la photo prise du porche d'une maison en ruine).
On le voit sur cette photo, nous suivons en gros la ligne de crête. Le tout est de trouver le bon rythme, n'est-ce pas Mesdames? Dur-dur quand même...
Nous sommes arrivés juste avant 16 heures à Yumani (extrémité sud de l'île) et avons trouvé un "hôtel" (l'Inti Kala Hostal) tout en haut, avec vue superbe de la terrasse. C'est à vrai dire tout ce qu'il avait pour lui car le confort fut très spartiate, le service fort médiocre, la soirée fraîche et la nuit glaciale... Avant de passer à table (petit dîner sympa au Wilka Punku), balade dans le village. Pas de voiture, bien sûr, et dénivellé très important pour monter/descendre du/au port sur le lac. Tout est transporté à dos de lama, d'âne ou de femme!
Le 8 mai

Il est 6h40, je me suis levé tôt pour ne pas manquer le lever du soleil du haut du Cerro Palla Khasa. Il ne fait pas chaud (je suis à 4 065 m).

Photo prise exactement dans la même direction 20 mn plus tard.
Il est 10 heures. Nous sommes redescendus au port de Yumani et attendons le bateau qui va nous ramener à Copacabana. Intéressante embarcation.
Retour à Copacabana à 12h10, quelques courses vite fait, récupération des bagages à la Cúpula et embarquement à 13h10 pour La Paz.
Ceci est le détroit qui sépare les deux rives du Titicaca en son milieu, et le lac en deux parties inégales; nous approchons de San Pedro de Tiquina.
14 heures. Traversée du détroit, nous, sur un petit bateau, et ici, notre bus.
Après deux bonnes heures de route, apparitions, à droite et à gauche, de maisons qui se font de plus en plus nombreuses et sont toutes de briques creuse rouge ; nous approchons apparemment de la capitale.

L'habitat se fait maintenant très dense, la circulation aussi, nous ne devons plus être très loin du centre, mais bizarrement rien encore ni devant, ni à droite ou à gauche, de ce qui habituellement fait une capitale...
Et pour cause... voici la vue qui soudain, à la faveur d'une trouée dans le tissu urbain, s'offre à nous. C'est en fait El Alto que nous traversions jusqu'à présent, El Alto, un faubourg de La Paz à l'origine et maintenant une ville de 650 000 habitants (la capitale des indiens Aymara) alors que La Paz, que nous découvrons en contrebas, est nichée dans une sorte d'amphithéâtre dont les rebords sont tapissés d'habitations, d'où la couleur rougeâtre de l'ensemble. La vue d'ici, avec à l'arrière plan le sommet enneigé du mont Illimani - 6 402 m -, est assez sidérante!
Installation à la Posada de la Abuela, calle Linares (la rue de l'Artisanat), en plein centre de la vieille ville.
Le 9 mai
Voici justement la Calle Linares, à 9h10 du matin ce jour-là, avant l'ouverture des échoppes. Compte tenu de la situation topographique de la Paz, quasiment toutes les rues sont en pente, et quelles pentes!
Nous commençons la balade par Saint François, basilique du 16ème reconstruite au XVIIIème, son cloître, son musée...
et ses toits qui offrent une vue panoramique superbe sur la partie haute de la capitale. La Paz a cette particularité que les quartiers populaires (dont El Alto) sont en hauteur alors que les quartiers plus résidentiels et chics sont vers le bas. Nous voyons ici la Place Perez Valasco (en travaux) et l'artère principale (Ismael Montes - Mariscal Santa Cruz) qui traverse la ville de part en part (de haut en bas).
Un brin de causette au pied de la basilique San Francisco.
Rues en pentes, étroites, circulation intense, véhicules pas toujours très récents, je ne vous dis pas le vacarme et les gaz d'échappement!
Nous faisons ce matin la balade conseillée par le lonely Planet: Calle Santa Cruz, Plaza du 14 septembre, Isaac Tamayo, Graneros, Plaza A. de Mendoza... Les étals sont maintenant en place, ne manque plus que le chaland.
Imaginez le vacarme!
Grande animation ici aussi, à 11h45, dans cette rue commerçante du centre.
La calle Commercio (pas très loin de là) débouche sur la Plaza Pedro Murillo, siège du pouvoir politique. Ici, le palais présidentiel,
Evo Morales est bien gardé...
L'architecture évolue à mesure que nous descendons, le moderne se mélant à l'ancien avec plus ou moins de bonheur.
Quasiment que du contemporain ici.
Il est un peu plus de 14 heures, nous descendons maintenant le Prado (nos Champs-Elysées?) en direction de la Plaza del Estudiante.
Descente que nous poursuivrons jusqu'à la Plaza Isabel la Catolica. Cette photo est prise du Pont des Amériques dans la direction du nord-est, c'est-à-dire de la vieille ville (par delà les immeubles modernes) et El Alto que l'on devine tout en haut sur la crête.
Une mention spéciale pour ce restaurant, l'Angelo Colonial (au 1er étage de cette cour juste en face de notre hôtel) au décor un peu décoiffant et où nous avons très bien mangé.
Le 10 mai
Au programme ce matin, la Calle Jaen (dans ce qui reste de la ville coloniale) et ses quatre petits musées. On voit bien en face les maisons qui s'accrochent à la paroi de la gorge.
Boliviennes du début du XXème (photographie) dans le Museo Costumbrista Juan de Vargas.
Dans le Museo del Litoral voisin, évocation naîve et touchante de l'océan (pacifique, bien sûr) et de sa faune, histoire d'entretenir le souvenir du littoral perdu et de continuer à revendiquer l'accès à la mer.
"La Bolivie n'a pas perdu et ne perdra jamais le droit de réclamer l'accès à la mer comme attribut indispensable à la vie. Le littoral fut et sera bolivien", ça doit dire à peu près cela.
Le Museo de Metales Preciosos également voisin présente une superbe collection d'oeuvres précolombiennes, dont ce magnifique parement de l'époque de Tiwanaku (voir plus loin).
Passage au Terminal Terrestre de Buses (billets pour Sucre, départ demain soir), puis nous redescendons vers la Plaza San Francisco par Ismael Montès et là, nous tombons sur un spectacle assez étonnant: celui d'un cortège haut en couleur, composé pour l'essentiel de femmes, ma foi, plutôt bien de leur personne, qui remonte l'avenue (sur la chaussée, carrément, au milieu de la circulation et du vacarme) en dansant aux sons d'une fanfare - qui a bien du mal d'ailleurs à se faire entendre. Qui étaient-ils? D'où venaient-ils? Où allaient-ils? Cela restera pour nous un mystère...
Plus toutes jeunes, mais quelle pêche!
La classe...
De mieux en mieux!
Les messieurs, maintenant...
La pose, rien que pour moi!!! Ouahou!!!
Le temps de reprendre mes esprits, nous rejoignons, par les Plaza A. de Mendoza puis Eguino, la très commerçante rue de Tumusla que nous remontons jusqu'à Garita de Lima, puis nous redescendons Max Parades. Animation garantie!
A proximité immédiate du Mercado Negro.
13h40, Linares 906 : en face de l'hôtel, l'entrée du Musée de la Coca, plante considéré par les peuples indigènes des Andes comme sacrée (et non pas le produit brut qui sert à la fabrication de la cocaïne). Se souvenir qu'Evo Morales a été élu président en 2005 grâce, notamment, au soutien des cocaleros (lui-même est un ancien cocalero).
Mâcher la coca est tout un art...
Nous sommes bien en Bolivie, et non pas au Mexique... La Bolivie aussi a ses Mariachis, on les voit ici sur le parvis de la Cathédrale (place Murillo à laquelle nous sommes revenus), à l'occasion d'un mariage.
Les voici. Sont pas bien vieux...
Mais bien portants, et issus, visiblement, d'un milieu privilégié.

Sur ce lancer de pétales s'achève, pour ce qui est des photos, ce 10 mai.
Le 11 mai
Départ à 9h10 pour Tiwanaku. Nous avons négocié avec un taxi un aller-retour à Tiwanaku, grand centre cérémoniel d'une civilisation très antérieure aux Incas et nous allons parcourir, pour nous y rendre, environ 70 km en direction de la rive sud du lac Titicaca. Photo prise en chemin.
Arrivée à 10h35. Ceci est une maquette du site, tel qu'il devait apparaître entre 700 et 1 200 de notre ère. Cette société a mystérieusement disparu aux environs de cette date-là, pour laisser la place, un peu plus tard, aux Incas. A noter qu'en décembre 2005, c'est là qu'Evo Morales, le premier Indien élu Président de la République de Bolivie, a tenu à se faire été introniser Apu Mallku (Chef suprême des Indiens des andes).
La pyramide d'Akapana (ou ce qu'il en reste). Les fouilles sont en cours, il reste énormément à découvrir, même si le site a été pillé, ses trésors et ses plus belles oeuvres pillés eux aussi et dispersés.
Vue générale du site, du haut de la Pyramide. On distingue les excavations au pied de celle-ci, et plus loin, le Kalasasaya, plate-forme rituelle de forme rectangulaire (en partie reconstruite).
Le Templete, sorte de fosse acoustique aux murs ornés de 175 visages sculptés dans la pierre.
L'escalier d'entrée menant au portique.
Pour donner une idée de l'enceinte du Kalasasaya. Quelques gouttes de pluie, les premières depuis notre arrivée dans ce continent.
La Puerta del Sol, dans un seul bloc (fendu) d'andésite.

Paysage sur le chemin du retour; nous venons de passer le Mirador Lloco, à 4 028 m.
De retour à La Paz (que nous quitterons ce soir pour Sucre), nous demandons au taxi de faire un crochet par le belvédère Tuopac Katari pour un dernier coup d'oeil sur la ville.
Le flanc droit ici, avec le rebord du plateau où se trouve El Alto.
Les quartiers à l'assaut du flanc gauche.
La partie centrale et moderne.
14h30. Déjeuner à l'Angelo Colonial (il n'y aura pas de dîner...)
Derniers achats ici (les boliviennes, nous l'avons constaté, sont dures en affaires, le marchandage se pratique peu).
Cireur de chaussures, encagoulé comme tous ceux que nous avons vus à la Paz.

Attente en musique sur la passerelle qui enjambe Ismael Montès.
Prenons le temps de décrire cette Chola: Cette bolivienne porte la pollera (jupe composée de bandes horizontales), la chompa en laine (pull-over) et le châle également en laine (la manta). Sur le dos, l'aguayo dans lequel il pourrait bien se trouver un bébé et pour ce qui est de la coiffure, on aperçoit la traditionnelle raie doit déboucher sur deux tresses jointes à leur extrémité par la pocacha (touffe de laine noire).
Il est 18h10 quand nous arrivons à la gare routière de La Paz; départ dans 40 mn pour Sucre (14 heures de bus, d'après le guide...)
Carte de la Bolivie. En pointillés noirs, notre itinéraire, surlignées en rouge, les villes-étapes (Copacabana, la Paz, Sucre, Potoso, Uyuni, Colchani (à quelques km d'Uyuni) et Mallcu Villa Mar (juste avant de passer au Chili). Le pointillé vert délimite la zone des hauts plateaux (l'Altiplano) au sud-ouest que nous traverserons, et le bassin amazonien au nord-est.
Voir la suite: Sucre - Potosi