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Le 18 mai
Uyuni, ville du bout du monde, aux airs d'avant-poste du Far-west, continuellement balayé par le vent...Nous sommes arrivés ici la veille au soir et nous nous sommes installés à l'hôtel "Jardines de Uyuni" (voir plus bas). Petit tour de ville (c'est vite fait et en plus il fait très froid), dîner express et au lit. Brrrr....
Pour le circuit du sud-ouest (et le passage au Chili en ce qui nous concerne) il faut obligatoirement passer par une agence, et cela se fait dans des conditions de transport très "limites" (6 ou 7 dans des 4x4 surchargés, c'est-à-dire le conducteur, le guide et 4 ou 5 passagers) et d'hébergement plus que sommaire. Si on ajoute à cela que 20 jours plus tôt un accident sur le Salar avait fait 13 victimes (collision/explosion de deux 4x4, le conducteur de l'un d'entre eux s'étant endormi au volant), nous avions décidé dès Potosi de passer par une agence réputée (Hidalgo Tours, dont les bureaux sont justement à Potosi) ; l'agence en question possède plusieurs hôtels "luxueux" (c'est le terme retenu par le L.P.) le long du circuit et propose une formule de transport plus confortable (2 passagers seulement en plus du conducteur/cuisinier et du guide). Moyennant finances, naturellement, et ce n'est effectivement pas bon marché, mais bon...

Ceci est la façade de l'hôtel "Jardines de Uyuni" (l'un des hôtels "luxueux" d'Hidalgo Tours) , dont le L.P. dit qu'il est "très séduisant sur le plan esthétique", et qu'il propose "un joli bar, des hamacs, un jacuzzi, un sauna et une piscine couverte". Et c'est vrai que les murs et les lits en adobe, peints de couleurs vives, la disposition des chambres autour du patio, tout cela pourrait avoir un certain charme...
Mais ce que le L.P. ne dit pas, c'est que hors saison il n'y a quasiment personne (nous serons les seuls), que le "chauffage" n'est mis dans la chambre (et nulle part ailleurs) qu'à 19 h le soir (et la nuit, la température descend à -10, -15°!), que l'eau "chaude" n'est disponible qu'en toute petite quantité le matin, que rien n'est ouvert ou ne fonctionne, et que la personne à l'accueil, quand elle est là, est désagréable etc, etc... sans compter des travaux dans les chambres voisines de la nôtre!
Nous n'avons pas caché notre mécontentement (60 $ la nuit tout de même!).
De 10 à 12 heures, balade dans Uyuni: l'avenue Ferroviara (ici) le long de la gare (un train circule entre Uyuni et Oruro, et aussi Tupiza deux ou trois fois par semaine).
Quand je vous disais qu'il fait froid...
Un peu plus loin, toujours sur Ferroviara, le Monumento a los Héroes del Chaco. L'enjeu de la seconde guerre du Chaco (1932-1935) qui opposa la Bolivie et le Paraguay était le contrôle des gisements pétroliers de cette région frontalière ( La Standard Oil soutenant la Bolivie et Shell le Paraguay); la guerre, très meurtrière, se termina en désastre pour la Bolivie qui perdit un territoire de 225 00 km², soit près de la moitié de la France.
Marché en plein air dans la rue principale (av. Potosi)... Mais d'où viennent donc toutes ces oranges?
Il a été question un peu plus haut de la collision/explosion de deux 4x4 dans le secteur, quelque temps auparavant. L'explication de l'explosion est à rechercher sur le toit des 4x4: ils emportent tous avec eux deux jerricans d'essence (fermant + ou - bien) et une bouteille de gaz (pour la popote et/ou le chauffage de l'hébergement). De véritables bombes roulantes!
Aubade, aux environs de 11 heures sur la place près de la Tour de l'Horloge. Uyuni est une ville de garnison, aux confins du Chili et de l'Argentine.
C'est qu'il y met du coeur et du souffle, le petit gros...
En route pour le cimetière des trains, à 3 km d'Uyuni et sans doute la principale curiosité de la ville. Il n'y a qu'à suivre les rails...
Il y en a comme cela des dizaines, attendant la création d'un hypothétique musée (?!?!). J'ai de plus en plus mal à l'oreille droite, aux dents et je me bourre de cachets. Dîner au 16 de Julio.
Le 19 mai
Au programme de la journée, le salar d'Uyuni. Avant de partir (il est 8h20), un dernier petit tour dans l'hôtel, les couleurs - chaudes - lui donnent un air plutôt sympathique, mais l'endroit est désert, glacial et très peu convivial pour tout dire. Ici, le patio.
Le salon à l'entrée.
Le bar.
Il est 9 heures, départ dans 10 mn. Ouf, ni jerrican, ni bonbonne de gaz sur la galerie!
Un problème technique m'a empêché de mettre ici la carte indiquant l'itinéraire que nous suivrons durant ces trois jours. Vous la trouvere au tout début du chapitre suivant: "San Pedro de Atacama - la Serena". Désolé.
La Belle et la Bête. Premier arrêt à l'entrée de Colchani (à 20 km au nord d'Uyuni, c'est l'entrée du salar) pour voir d'un peu plus près cette vigogne.
De profil.
On extrait? on récolte? sur le Salar - et on traite - environ 20 000 tonnes de sel par an. Démonstration d'ensachage (touristique),
et vente de petits objets fabriqués en sel.
Chargement du sel (à la pelle).
12 106 km² (à 3 653 m d'altitude), c'est la superficie du salar d'Uyuni et c'est près de deux fois la superficie du département du Nord!
Nous avons parcouru 20 km environ sur le salar, plein ouest, et arrivons à l'hôtel de sel Playa Blanca.
Tout est réalisé en sel (blocs de sel, à la manière des igloos), le bâtiment, les meubles etc...
Un des rares 4x4 rencontrés ce jour-là.
Il est 11h20, nous avons parcouru 80 km en ligne droite depuis Colchani et arrivons à l'Isla Incahuasi qui se dresse, comme son nom l'indique, telle une île, au beau milieu du salar.
Ile entièrement couverte de cactus géants (cactus Trichoreceus); repas fort sympathique préparé et servi par le chauffeur.
Photo prise du haut de l'"île", dans la direction du nord-ouest. Les cîmes enneigées au loin doivent se trouver, d'après la carte, sur la frontière avec le Chili.
Avec des cactus et la trace d'une piste.
On voit bien les plaques de sel, de forme à peu près hexagonale.
Direction ensuite, le volcan Tunupa, qui culmine à 5 432 m, à l'extrémité nord du salar.
Courte balade dans le village (à moitié abandonné) de Coquesa qui se niche au pied du volcan...
... Puis nous partons à l'assaut (à bord du 4x4) du volcan...
... Pour découvrir, à mi-pente, un panorama superbe : les promontoires rocheux émergeant de l'étendue laiteuse du salar, le tout sur fond de ciel d'un bleu soutenu.
Le but de la grimpette?
Une grotte refermant des ossements, des momies...

Il est 16h15; retour à Colchani (nous avons parcouru 225 km dans la jjournée) et c'est ici, un peu à l'écart du village, dans l'hôtel appelé "Palacio de Sal" (géré par Hidalgo Tours) que nous allons passer la nuit. Je cite à nouveau le L.P.: "un luxueux complexe presque entièrement construit en sel qui offre toutes sortes de prestations, de la piscine et du sauna au parcours de golf en sel". Et là encore nous nous retrouvons seuls dans une sorte d'immense hangar non chauffé, rien ne fonctionne, mais à la différence d'Uyuni, l'accueil est chaleureux et le couple en charge de l'établissement va se mettre en 4 (on a dû leur dire que nous avions râlé sec à Uyuni...) pour rendre notre (court) séjour agréable. On allume même, exprès pour nous, le sauna.
Ceci est notre chambre (quasiment pas chauffée), un igloo en sel.
Le salon...
Le bar (où j'aurais bien bu un vin chaud à la cannelle...).
Le volcan Tunupa (il à l'air tout proche, mais il est à près de cent km!) au soleil couchant.
Lever de lune à l'est.
Quelques minutes plus tard.
Un tout petit peu plus tard encore (il est 18h10).
Au menu ce soir, un poulet cuit dans le sel...
... mais le bestiau se défend, et à l'issue du combat homérique qui s'ensuit avec le Chef, le volatile mord la poussière, ou plutôt le sel.
Qu'à cela ne tienne, le voilà enfin décapité... sale bête!!!
A défaut de vin chaud, un bon petit rouge bolivien près du poêle, pour faire descendre le poulet décidément fort salé.

Les grandes illuminations, rien que pour nous!
Le 20 mai
Départ imminent (il est 9h15). Ah!... nous avons aujourd'hui sur le toit 2 jerricans d'essence et 2 bonbonnes de gaz, ce qui ne nous plaît qu'à moité. L'essence, passe encore, mais pourquoi 2 bonbonnes de gaz?
Dernier coup d'oeil au "Palais" avant de partir ; c'est du haut de la plateforme d'observation qu'hier soir j'ai pris les photos du coucher de soleil.
Nous sommes repassés à Uyuni où nous en avons profité pour faire tamponner nos passeports (nous quittons la Bolivie demain et le poste frontière n'est pas toujours opérationnel, dit-on)...
Et en route pour le fameux circuit du sud-est qui traverse, dit-on, l'une des régions sauvages les plus rudes de la planète.
Nous suivons dans un premier temps le salar en direction du sud-ouest (très discrète présence animale)...
Pour arriver, à 12h30 et à 91 km d'Uyuni, au village de San Cristobal, à proximité d'une énorme exploitation minière (appartenant à un groupe canadien). Fabrication de glace comme à Ayacucho, mais en plus rustique.
A mettre dans la galerie de portaits des gens du monde.
La mine assure visiblement une petite prospérité au village. Eglise du milieu du XVIIème.
La place du village, toute proprette, avec une étrange structure en son milieu qui rappelle le minaret à forme télescopique de la mosquée d'Ibn Tulun au Caire, avec son escalier extérieur en spirale.
Une des rues du village, avec ses maisons au toits de chaume.
Déjeuner à San Cristobal, puis c'est reparti... Cap au sud.
Après Alota, où nous sommes passés à 15 heures, petite mise en scène pour le franchissement de ce gué pas bien méchant. Nous nous sommes écartés de la piste principale pour aller voir...
... d'intéressantes formations rocheuses, qui, curieusement, ne sont mentionnées dans aucun guide.
Des airs de Monument Valley, non?
Le syndrome du porche, à nouveau...
15h45. Nous avons rejoint le "route" principale et allons poursuivre dans la direction du sud-ouest, cette fois.

Sur la droite, mais on ne le voit pas sur la photo, le village de Mallcu, où nous passerons la nuit. Nous allons pour l'instant jeter un coup d'oeil, à 4-5 km d'ici...
... à d'intéressantes peintures rupestres sur des parois de rochers verticales.
Sur la photo, l'hôtel "haut de gamme" (appréciation du L.P.) géré par Hidalgo Tours. Les bonbonnes de gaz ont été débarquées, elles serviront à chauffer (un peu) la chambre.
C'est moi, dans la salle d'eau de la suite. Il fait froid (la chambre est à peine chauffée), j'ai mal à l'oreille et aux dents, et voilà qu'en plus je glisse et me casse la gueule dans la douche, entraînant dans ma chute le rideau, son support et le porte-savon ... Vite, un bon verre de whisky!
Notre présence à Mallcu n'est pas passée inaperçue, nous avons de la visite. Dernière nuit en Bolivie.
Le 21 mai
Lever à 5h30, pas de douche - non merci, j'ai déja donné -, petit déjeuner à 5h50 et départ à 6h30.
Et effectivement, aujourd'hui, durant les 6 heures et demie de trajet qui nous séparent de la frontière avec le Chili, nous allons voir défiler certains des paysages les plus magnifiques que nous ayons jamais vus.
Embrasement de cette cîme au lever du soleil.
La même, quelques instants plus tard.
C'est le viscacha, perché sur le rocher, qui fait l'intérêt de la photo, sauf que l'on ne voit pas ici sa queue (le viscacha est un lapin à queue!);
Quelques spécimens de Quenua (arbres nains) à droite et à gauche.
De mousse locale aussi (yareta).
Nous roulons depuis un peu plus d'une heure...
Cela fait deux heures maintenant que nous avons quitté Mallcu Ville Mar... et nous pénétrons ici précisément dans la Reserva Nacional de Fauna Eduardo Avaroa, qui couvre sur 7 150 km² l'extrémité sud-ouest de la Bolivie. On aperçoit au loin la Laguna Color...
... Et ses célèbres flamands roses qu'il est formellement interdit d'approcher. Il s'agit d'une espèce particulière de flamands, adaptée au climat - rude - et à l'altitude (4 278 m ici) du sud-Ouest bolivien, dotée d'un système spécial de filtration de l'eau qui lui permet de survivre.
Le lac a une superficie de 60 km² environ et sa profondeur ne dépasse pas 80 cm. Sa coloration rougeâtre vient des algues et du plancton qui prospèrent dans cette eau riche en minéraux.
Les dépôts blanchâtres sur la rive sont composés de sodium, de magnésium, de borax et de gypse. Quant aux sédiments du lac, ils regorgent, c'est ce que j'ai lu, de diatomées (algues unicellulaires microscopiques) utilisées en pharmacie, dans l'alimentation et l'industrie, mais le classement de la région en réserve en interdit dorénavant l'exploitation.
Et c'est reparti, plein sud.
Vers le sud, toujours, dans un univers à présent uniquement minéral et nous continuons à monter....
Jusqu'à l'apparition de fumerolles, sur la gauche de la piste.
Il est 10h45, nous sommes à 50 km au sud de la laguna Colorada.
Et effectivement, qui dit volcan dit activité géothermique... nous sommes au milieu du foyer d'activité géothermique de Mañana, nous l'allons parcourir...
En prenant grand soin de bien regarder où nous mettons les pieds car le champ n'est pas balisé... Ça glisse...
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... Ça fume et ça glougloutte de partout, en plus il y a du vent...
Ça ne donne vraiment pas envie de tomber dedans!
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Ni de s'y baigner, d'ailleurs.
Vue d'ensemble du site.
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Une dernière photo pour cette belle marmite du diable...
Le raidillon que nous avons gravi juste après ces visions d'apocalypse nous a allègrement fait franchir la barre de 5 000 m, altitude qui sera la nôtre pour quelques kilomètres encore. La palette des couleurs, que l'on doit aux minéraux les plus variés dont déborde le sol, devient absolument extraordinaire et ne nous quittera plus jusqu'à la frontière.
Et ici...
Et ce festival de pastels?
Ceux-ci "attaquent" le circuit depuis le Chili. C'est le premier véhicule que nous voyons depuis ce matin.
Nous redescendons de quelques centaines de mètres, et approchons des Termes de Chalviri, au pied du Cerro Polques.
Pas de douche ce matin, mais un bain dans de l'eau à 30°, à 4 800 m d'altitude... Le pied!!! Baignade, déjeuner et nous repartons vers 12h. Nous ne le savons pas précisément, mais nous entamons notre dernière heure sur le territoire bolivien.
Un petit coucou de loin aux Rocas de Dali, ces dizaines de blocs de pierre disposés de manière surréaliste. Ouarf!
Pris au téléobjectif.
Sur la gauche, toujours, les crêtes de la Cordillera de Lipez.
Tant de beauté dans la création me laisse sans voix, et sans plume.
Et ce volcan vers lequel nous nous dirigeons sans mollir? Je ne le savais pas à ce moment-là, mais il s'agit du célèbre Licancabur qui culmine à 5 916 m et marque la frontière avec le Chili.
D'un peu plus près.
Son frère jumeau (dont je ne réussis pas à retrouver le nom).
C'est aux pied du Licancabur, à 4 400 m, que se niche la non moins celèbre Laguna Verde.
Dernières explications...
... Notamment, à quoi est due la teinte verte des eaux du lac? C'est dû, dixit le L.P., à l'importante concentration en carbonates de plomb, de soufre, d'arsenic et de calcium dans l'eau et à l'action du vent. C'est en effet uniquement quand les risées se forment sous l'action du vent que l'eau prend cette teinte.
Comme ici, à 12h44 précises.
A 12h07 précises, notre 4x4 s'arrête ici, carrément au milieu de nulle part, avec pour seule présence, celle d'un renard famélique. Surprise, puis nous comprenons que nous devons être arrivés quelque part. Notre guide nous invite à sortir nos bagages, se dirige avec quelques papiers vers une voiture qui attend à une centaine de mètres de là, de l'autre côté d'une baraque, les tend au conducteur sans dire un mot ou presque, s'en retourne vers le 4x4 pendant que nous transférons les bagages, et nous voyons le 4x4 redémarrer, faire demi-tour et s'éloigner... Nous n'aurons même pas le temps de dire au revoir à nos deux compagnons de route. On aurait dit un échange de prisonniers ou une remise d'espions pendant la guerre froide!
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Voilà, c'est fini, notre aventure bolivienne est terminée car nous sommes maintenant au Chili, la baraque, c'est le poste-frontière bolivien et nous venons d'être pris en charge par une agence chilienne qui va nous descendre à San Pedro de Atacama. Un peu frustrant tout de même cette façon de quitter le pays...
Alors, la Bolivie (sachant que nous n'y avons passé que dix-sept jours, et uniquement sur les Hauts Plateaux)? Passionnant, nous y avons vu des choses assez extraordinaires, découvert des paysages sublimes, vécu des expériences assez inhabituelles et éprouvé des sensations fortes... Passionnant et très attachant, comme je l'ai déja dit, compte tenu de son histoire et des conditions de vie - ou de survie, pour pas mal de boliviens - qui sont rudes, à l'image du relief et du climat.
Nous allons vite nous apercevoir qu'en franchissant cette frontière, nous changeons de monde - et, soit dit sans trop offenser les chiliens, regretterons celui que nous venons de quitter...